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The Eve of St Agnes par Harry Clarke

De passage en Irlande la semaine dernière pour célébrer la Nuit de Samain (la fête d’ouverture vers l’Autre Monde, celui des dieux), je ne pouvais passer à côté de l’exposition permanente de Sir Harry Clarke à la Hugh Lane Gallery de Dublin. Harry Clarke est un artiste vitrailliste de renommée internationale. La galerie de Sir Hugh Lane présente un important vitrail, The Eve of St Agnes, fruit du travail exceptionnel de Harry Clarke et réalisé en 1923 pour une demeure privée de Ailesbury Road à Dublin.

Qui était Harry Clarke ?

Lorsqu’il était enfant, Harry Clarke travaillait déjà dans l’atelier de vitrail de son père, qui se trouvait au sous-sol de leur maison, 33 North Frederick Street. Travailler avec son père permit à Harry Clarke de maîtriser rapidement le métier de vitrailliste. Après avoir étudié au Belvedere College il rejoint la Metropolitan School of Art de Dublin tout en continuant son apprentissage. Ses professeurs découvrent rapidement en lui un talent certain pour le vitrail et le dessin. C’est un élève studieux et minutieux, et son univers graphique est rempli de contes et de légendes populaires. Son travail est récompensé par une bourse par l’école qui lui permet de ne plus se consacrer qu’à son œuvre, au sein même du collège. Ce prix lui permet aussi de quitter l’Irlande pour découvrir les magnifiques vitraux des artistes Français et Anglais. Il participe au concours organisé par la South Kensington School of Art and Design de Londres et remporte la médaille d’or pour la création qu’il propose. Employé comme illustrateur chez l’éditeur Harrap à Londres, Harry Clarke devient rapidement l’illustrateur officiel du romancier Edgar Allan Poe.

Il dessine aussi de nombreux dessins pour une édition du Faust de Goethe. De part sa passion pour les arts, le théâtre, les contes et les légendes, son œuvre est riche de costumes originaux, d’univers fantasmagoriques et très colorés. Harry Clarke travaille énormément et s’épuise peu à peu sur des vitraux gigantesques, notamment pour la Honan Chapel à l’University College de Cork pour laquelle il réalise onze vitraux monumentaux. Aux alentours de 1929, alors qu’il est âgé de seulement trente-neuf ans, Harry Clarke tombe gravement malade. Il s’éteint deux ans plus tard, emporté par la tuberculose.

The Eve of St Agnes par Harry Clarke

The Eve of St Agnes est un vitrail monumental exposé à la Hugh Lane Gallery de Dublin. C’est un ensemble de 14 panneaux magnifiquement décorés qui racontent l’histoire de Madeline et de Porphyro, un célèbre poème de John Keats.

Harry Clarke appréciait beaucoup ce qui était fantastique et puisait son inspiration dans les livres, les contes et légendes, les pièces de théâtre, etc.
En avril 1923, M. Harold Jacob commande à Harry Clarke un vitrail pour la maison de son frère dans la Ailesbury Road à Dublin. Harold Jacob est alors le propriétaire de la fameuse biscuiterie Jacob’s. Habituellement, les vitraux sont destinés aux églises et la plupart des commandes que reçoit Harry Clarke sont d’ordre religieuse. Cette demande particulière pour une maison privée le réjouit car il sait qu’il pourra donner libre cours à son imagination avec plus de liberté. Harold Jacob lui suggère de travailler sur la nuit et le jour, l’été et l’hiver en s’inspirant des personnages issus du folklore fantastique Irlandais.

Harry Clarke propose plusieurs premiers projets inspirés de contes et de poèmes : l’histoire de Barbe Bleue, La belle au Bois dormant, The Playboy of the Western World (une pièce de théâtre irlandaise de J.M. Synge) et The Eve of St Agnes, un poème de John Keats. Harold est enchanté par ce dernier choix et Harry Clarke aussi. Ce dernier écrira à Harold Jacob quelques jours plus tard : « J’ai commencé à travailler sur le projet de The Eve of St Agnes et je vous proposerait bientôt quelques dessins. » Harry Clarke prépare un grand nombre de roughs préparatoires au crayon, à l’aquarelle et à la gouache, il recherche des études de costumes, dessine des scènes d’architecture qui viendront enrichir son œuvre magistrale. Ces études préparatoires sont visibles dans la Crowford Art gallery de Cork en Irlande. Un an plus tard, le 1er Avril 1924, Harry Clark remet le vitrail à Harold Jacob. Pour cette œuvre exceptionnelle, Harry Clarke recevra la  somme dérisoire de 160 livres, 7 shillings et 6 penneys (£160 7s 6d).

Lorsque The Eve of St Agnes fut exposée lors de l’Exposition d’Art Irlandais de Dublin en 1924, elle est récompensée de la médaille d’or des Arts et Métiers. En 1978, le Musée Hugh Lane Gallery en fait l’acquisition.

L’inspiration dans les contes et les légendes

Le poème The Eve of St Agnes fut écrit en 1819 par le poète romantique anglais John Keats. Il se compose de quarante deux vers, ou stances, ce qui en fait un texte particulièrement long et riche de descriptions. Le poème s’inspire d’une ancienne tradition où les jeunes mariées se couchaient le soir du 20 janvier sans dîner, afin de rêver de leurs futurs maris. Le lendemain était célébrée la Fête de Sainte Agnès. Le mot « Eve » fait référence à la veille de cette fête populaire.

Dans le poème de John Keats, Madeline a été enfermée par son frère, Lord Maurice, pour l’empêcher de retrouver son amant Porphyro. Par une nuit froide et venteuse, Porphyro décide de passer outre les menaces proférées par Lord Maurice à son encontre et, avec l’aide de Sœur Angela, la nourrice de Madeline, il pénètre dans le château du Lord. Madeline rêve de son future prince et espère en secret que ce sera Porphyro. Lorsqu’elle entend la voix de Porphyro elle croit rêver. Porphyro la rassure qu’elle ne rêve pas ; il est venu la délivrer. Ils s’enfuient alors tous deux à travers la lande pour aller vivre leurs rêves.

Le poème de John Keats est rempli de belles descriptions. Harry Clarke s’en est beaucoup inspiré pour choisir quelles parties du poème il allait illustrer. Le poème est riche de couleur ; particulièrement le violet, mélange de bleu royal et de rouge que l’on retrouve un peu partout dans le vitrail de Harry Clarke.

Comment l’histoire est-elle racontée ?

Tout en révélant son talent exceptionnel de vitrailliste, The Eve of St Agnes est un magnifique exemple de la capacité des talents de conteur de Harry Clarke : l’artiste a choisi de raconter la légende de The Eve of St Agnes en quatorze panneaux. En y regardant de plus près, on constate que chacun des panneaux est accompagné d’un vers extrait du poème de John Keats. En outre, dans la partie supérieure de ces panneaux apparaissent deux demi-cercle, appelés lunettes. Horizontalement, le long des panneaux se cache une frise de personnages du poème. Tout le vitrail est décoré de magnifiques motifs ornementaux. On découvre même un auto-portrait de l’artiste dans un panneau en bas à gauche.

Dans son art, Harry Clarke puise son inspiration dans le remarquable travail de nombreux artistes, dont le peintre Velazquez, le graveur Albrecht Dürer, les estampes japonaises, la musique, la littérature fantastique et l’art symboliste. Il a su créer ici une vision personnelle du poème de John Keats, en combinant différentes idées et inspirations visuelles avec sa propre imagination. C’est un vitrail haut en couleurs, plein de symboles et de mystères qui s’offre au regard des spectateurs.

2019-04-24T21:49:30+02:0013 janvier 2017|ACTUALITÉS|0 Commentaire

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